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Source photos: www.trapadis.com


Un homme à part dans le paysage de Rasteau.

N’y voyez rien de péjoratif, bien au contraire ! La 1ére fois que j’ai eu l’occasion de goûter les vins d’Hélen, j’y suis allé à reculons… en me disant « je vais encore perdre du temps à goûter des monstres de puissances écoeurants ». Et là, boom, en pleine tête, révélation. J’ai été tout de suite saisi par ses vins et leur rare élégance, avec en apothéose une grande émotion lors de la dégustation de la cuvée Ponchonnière, un grenache de vendange tardive, hors mode.

Intrigué, j’ai beaucoup discuté avec le vigneron et me suis très vite rendu compte de la sensibilité du personnage à appréhender le vin.

Sa connaissance pointue, ses jugements réfléchis sans concession, et ses grandes qualités de dégustateur me bluffent. Hélen est d’ailleurs un grand connaisseur et grand amateur de vins de Bourgogne...et du Languedoc!

Un vigneron qui à le talent et l’esprit pour faire de grands vins. Son modèle, Rayas, résume à lui seul la quête du vigneron.

Lire ci-dessous sans modération, et à méditer.


- Qui es-tu?

Je suis issu de famille rastelaine. Je représente la 4ème génération de vigneron. Je vais sur mes 35 ans et mon 19ème millésime. J’ai un BEP Agricole et un Bac Pro en viticulture œnologie fait à Orange, à deux pas de Chateauneuf du Pape : très pratique pour aller déguster après les cours.


- Parles-nous de tes débuts.

Tout petit j’était toujours dans les jambes de mon grand père maternel Papé René pour aller au potager ou dans les vignes. J’aimais beaucoup cette relation, ce contact avec la terre en ressentant une émotion et la satisfaction quand il y a vie ou récolte. Papé m’a donné l’amour de ce terroir et m’a appris à le respecter en me disant «  c’est ton outil de travail prends en soin, il te le rendra ».

J’ai commencé à travailler en 1986 après la séparation de mes parents sur le domaine de ma mère, Trapadis. Je m’occupais des vignes et des vins pendant les vacances scolaires et les week end, tout en étant à l’école. Je préférais être dans les terres ou dans la cave plutôt que sortir en mobylette avec les copains. En 1990 j’ai demandé à maman Michèle « je veux essayer de vinifier une cuvée ». J’ai voulu absolument la mettre en bouteille et elle a dit «  d’accord si c’est ce que tu veux faire dans l’avenir. ». Ensuite, en 1991, on a ouvert le caveau et commencé la commercialisation des 1ères bouteilles de Trapadis. Ce fut un grand moment de voir des bouteilles habillées avec mon nom dessus, j’avais bouclé la boucle.

J’ai fait mes stages de formation au Domaine La Soumade à Rasteau chez André Roméro qui était un vigneron avant-gardiste sur les méthodes de vinification donnant des vins hyper concentrés. En comparaison avec mes cours et mes vins c’était une autre vision de l’œnologie… A la fin de mes études j’ai travaillé 6 mois au Château de Beaucastel à Chateauneuf du Pape, là j’ai fait mes classes sur la culture bio et je me suis rendu compte que la vigne est une plante rustique, qui a des réserves pour se défendre naturellement contre les attaques de champignons, d’insectes et peut résister aux aléas climatiques.

A propos de mon approche avec le vin c’est venu très lentement, j’ai bu mon 1er canon de rouge à l’age de 5 ans toujours avec Papé René, mon pédiatre (certainement alcoolique). Il cautionnait mon début de cirrhose en disant à mes parents « il vaut mieux lui donner un peu de vin que du sirop ou des sodas. »  Longtemps je dégustais les vins plutôt que de les boire tout en étant attiré vers des vins de plus en plus concentrés en couleur, en tanin, en gras, en largeur et en épaisseur.

Vers 1998 1999, à une dégustation de Bourgognes (billet en tête que ça allait être de la merde) grand traumatisme ; j’ai découvert 2 choses, la 1ère est que le vin c’est fait pour être bu et procurer du plaisir voir même une émotion, la 2ème c’est que mes vins avaient ce profil digeste, fin avec une certaine fraîcheur. Depuis je tends le plus possible à réveiller cette noblesse du terroir de Rasteau et aussi à la rendre accessible. Voila comment j’ai mis le pied à l’étrier.




- Comment travailles-tu (à la vigne, aux chais…)?

Dans les vignes, l’idée générale est de retrouver un éco système dans chaque parcelle, avec un minimum d’intervention. Pour les vins, c’est d’avoir des raisins sains, murs et concentrés et simplement surveiller attentivement en agissant le moins possible sur l’évolution. Le Grenache agit comme un vecteur du terroir au verre, je le laisse faire. Depuis 1995 je n’utilise plus de produits de synthèses (insecticides et fongicides), plus de désherbants et plus d’engrais chimiques, uniquement du soufre, du cuivre à dose homéopathique, du compost et de l’huile de coude… Je fait plusieurs labours tout au long de l’année pour aérer, limiter le tassement, activer les micro-organismes, améliorer le drainage et favoriser l’allongement des racines en profondeur (va chercher le minéral !).

En 2007, j’ai fait les démarches administratives pour être en culture biologique chez ECOCERT. Depuis 2001 j’ai vraiment de bons résultats sur la qualité de la texture de sol, la vie microbienne, sur la santé du végétal et l’état phrénologique et sanitaire des raisins. Ce qui me surprend toujours c’est l’adaptation de la vigne au climat, qu’il pleuve (2002), qu’il fasse chaud et sec (2003), froid (2004), froid et humide (2006), on arrive toujours à maturité et il faut même faire attention à la sur maturité.

Mes méthodes culturales ont pour but de rallonger le cycle végétatif, donc ralentir les maturités pour plus de fraîcheur, de minéralité et de complexité aromatique. Je ne fait des vendanges en vert que sur les jeunes vignes pour les soulager, pas d’effeuillage (il cogne le soleil dans le sud !) et pour les rendements ça varie entre 15 et 40 hl/ha naturel. Cette variation est due essentiellement  à la concentration des grains en jus plus qu’au nombre de grappe par cep. J’essaie d’adapter la charge en fonction du sous sol, du sol et du végétal par la vigueur, pour obtenir un bon équilibre acide/sucre dans les jus. A la cave, chaque îlot géologique est vinifié séparément afin de respecter l’identité de chacun. L’idée est de travailler à la bourguignonne c'est-à-dire une parcelle pour une cuvée.

Pour les rouges, les raisins sont éraflés à 100%, légèrement foulés et encuvés en cuve béton. La macération dure jusqu’à la fin de la fermentation alcoolique ; entre 10 et 20 jours à une température de 24 à 27°C. L’extraction est douce, seulement un remontage court tous les 3 jours pour apporter un peu d’air aux levures indigènes. Je recherche plutôt l’infusion naturelle que la sur extraction, pour prendre dans le jus uniquement le meilleur de la peau. Les vins sont assemblés après la fermentation malo lactique et élevés pendant 10 mois en cuve sur lies fines en milieu réducteur pour éviter l’oxydation et l’ajout de soufre.

Les blancs sont pressés directement et entonnés au milieu de la fermentation alcoolique pour limiter la prise de bois. Les vins blancs sont élevés en barrique de 1, 2, 3 et 4 vins pendant 8 mois sur lies fines sans batonnage pour éviter de graisser les vins.



 

- Parles-nous de tes vins (ta gamme de vin)?

La gamme est en forme de tuyau de poêle mais voici l’explication : dans ma région, la tradition d’assemblage de terroir et de cépage au sein de l’appellation est fortement ancrée. Quand j’ai commencé à vinifier en 1990, je ne connaissais pas le goût de mes terroirs alors je les ai tous travaillé séparément et je me suis rendu compte rapidement qu’aucun ne se ressemblait ni complétait l’autre. Cette approche parcellaire m’a paru évidente dans l’accessibilité et la compréhension du terroir de Rasteau qui a une image de vin austère et rustique. Je pense que cette méthode très bourguignonne permet d’exprimer la noblesse du terroir en favorisant la droiture, la profondeur, la fluidité et la persistance aromatique.

J’ai 4 terroirs différents qui donnent les 4 vins principaux. Le 1er les sables et limons du tertiaire : Côtes du Rhône. Le 2ème les argiles rouge à cailloux roulés du tertiaire: Rasteau tradition. Le 3ème les argiles jaunes du tertiaire : Vin Doux Naturel Rasteau. Le 4ème les argile bleues du quaternaire : Rasteau Les Adrès (n’est ce pas Jean Philippe). Le reste de la gamme sont des micro cuvées comme : le blanc, le rosé, Harys, le Vin de Pays et les Ponchonnières. Les cépages Syrah, Carignan et Mourvèdre sont issus du même terroir correspondant à la cuvée. Le Grenache y est toujours majoritaire (minimum 70%) sauf pour Harys qui est composée de 80% de Syrah et 20% de Clairette blanche. Cet assemblage un peu tiré par les cheveux provient d’une erreur du pépiniériste à la plantation.

Le but ultime est  d’obtenir des vins qui transpirent le terroir dans toute sa noblesse avec l’emprunte du millésime sans en ressentir les défauts comme l’alcool, la sécheresse, la lourdeur et le superficiel.


- Tes cuvées Adrès et Ponchonnières sont le sommet de ta gamme. Représentent-elles le vin parfait pour toi ?

Je suis persuadé d’une chose : « on peut toujours mieux faire ». Au fil du temps, des millésimes et des expériences je comprends mieux mes terroirs en apprenant à canaliser les énergies qu’ils dégagent. Ce travail se traduit dans les vins par la pureté, la lisibilité, la précision ou même un éclat.

Concernant les Adrès, je suis assez content du rendu en vin jeune, pas satisfait pendant la période 3 à 5 ans et très étonné par cet épurement au vieillissement du à des floculations et des vaporisation successives, là je me sens vraiment minuscule…

Pour la petite histoire des Ponchonnières, j’avais fait ce vin pour moi, en laissant un carré de vignes non vendangé, pour voir. Dans l’idée de faire un vin naturellement doux, dans l’esprit d’un Rayas 1955 ou 1945 liquoreux mais en rouge. Après je l’ai fait goûter à des pots, et un jour j’ai fait faire les étiquettes… C’est un vin qui me transperce par ces vibrations ; avec lequel j’apprends toujours quelque chose à chaque fois que je le déguste et que je le bois.




- Rasteau est un village entouré de terroirs prestigieux et de grands noms, comment se différencier et « faire son trou » ?

J’essais de produire simplement et naturellement un vin qui reflète ses origines, en contenant ses extravagances, sans m’adonner à un exercice de style. « Je bois dans mon verre et je mange dans mon assiette ! »


- Le style de tes vins est basé sur la finesse et la précision, tout en gardant un caractère sudiste. C’est ce que tu recherches avant tout dans l’expression de tes cuvées ?

Oui. La noblesse du climat sudiste est la carte d’identité de mes vins. Le thym, la garrigue, les fruits rouges et noirs, les agrumes, la lavande, l’olive, la truffe, les fleurs blanches.Tous ces arômes se retrouvent dans mes vins. Le tout soutenu par une structure dense et tendue, à la texture fine et soyeuse.


- Comment expliques-tu cette sensibilité (et buvabilité) alors que le « style » Rasteau est plutôt concentré ?

Le terroir de Rasteau est principalement argileux et exposé au sud, ce qui signifie précoce. Donc, les maturités sont rapides et la sur maturité est à porté de main ; c’est très facile de faire des bêtes à concours, des vins de dégustation... Je pense que le côté digeste et aérien de mes vins est apporté par cette quête de fraîcheur dans les parfums, les arômes, la structure, l’acidité et le minéral. Il en résulte des vins fins, denses et long en bouche avec une buvabilité surprenante pour des vins à 14 ou 15 degrés (voir plus des fois !)

Il y a un côté métaphysique surtout sur les Adrès, les Ponchonnières et le blanc, une absence de matière ; on dirait qu’il  y a rien, pas de corps et en fait il y a tout… Ces vins sollicitent le cerveau et le nez. Ils diffusent plus en rétro olfaction que lorsqu’on les fait tourner en bouche.




- Je sais que tu es un amateur averti du Languedoc, peux-tu nous parler de ta perception de cette région ?

C’est une région que j’ai découvert il y a une quinzaine d’année, qui c’est beaucoup remise en question. Aujourd’hui je trouve les vins plus fins et moins démonstratifs. Le Languedoc est une mosaïque de terroirs avec des vignerons hyper dynamiques et de plus en plus terroiristes.


- Jean-Philippe Padié est un grand amateur des Adrès….

Ah ! Jean Philippe « c’est comme dans le cochon y’a tout qui est bon ! ». J’aime le personnage, sa philosophie, sa sensibilité, son humour, ses qualités de dégustateur et ses repères gustatifs. J’adore ses vins Milouise et Ciel Liquide c’est du caillou en bouteille. C’est un vigneron qui sait prendre uniquement l’essentiel de son terroir pour en exprimer la noblesse et le champ vibratoire. Le tout avec beaucoup de respect et d’humilité. Il maîtrise le dialecte de l’aristocratie racinaire.


- Quels sont les  points communs entre Rasteau et Languedoc?

Nous faisons partie du vieux vignoble du sud de la France, par conséquent il y a beaucoup de points communs. Nous sommes deux régions chargées par une histoire de vins de cafés (vins dans un but alimentaire après guerre qui a permis de faire connaître le Languedoc et les Côtes du Rhône). Nous avons subit de grands bouleversements qualitatifs, philosophiques et d’image dans les années 1990.

Le climat est assez similaire car les millésimes sont très ressemblants dans le Rhône et le Languedoc, il n’y a que l’importance des orages de façon localisés qui change le diapason. Je pense que les terroirs sont plus diversifiés dans le Languedoc avec la roche mère, le calcaire en surface sur certains secteurs, les schistes, les grès dans d’autre et les argilo calcaires y sont présent, mais le seul terroir existant dans le Rhône sud en général. Il y a beaucoup de vignerons de tout age qui s’installent ou prennent la suite, avec une philosophie simple et saine, respectueuse du lieu et de l’environnement.

 


- Quels sont les producteurs que tu apprécies dans cette région (LR)?

J’aime les vins de La Grange des Pères, pour leur finesse et leur profondeur, Peyre Rose pour l’élégance de la Syrah, Aupillac pour la noblesse du Carignan et du Cinsault, Alain Chabanon pour ses Grenaches de grande classe.


- As-tu des échanges avec des vignerons de cette région ?

J’apprécie beaucoup Blandine et Pierre du Mas Foulaquier dans Le Pic Saint Loup ils sont adorables tous les deux et leurs vins ont beaucoup de pureté et de minéralité, notamment Le Petit Duc 2002 dans le style épuré c’est de la haute voltige !


- Quelles sont les vins que tu bois ?

Dans le Rhône sud je raffole des vins d’Emmanuel Reynaud car ils me procurent une réelle émotion. Sinon je consomme en majorité des Bourgognes (plus Côte de Nuit que Côte de Beaune) puis à des volumes plus faible des Vouvrays de chez Forreau, des Sancerres de chez Edmond Vatan, Vacheron et Cotas. J’adore les Rieslings allemands, ils ont vraiment une acidité et une minéralité déroutante, les Chablis de chez Raveneau pour leur mystère.

A l’étrangers il y a Château Musar au Liban pour son coté éthéré et intemporel, les Barolo de chez Brezza et Sandrone. Après il y a aussi les vins d’ Eric Texier en Brézème et Côte Rôtie, les parcellaires de Chapoutier, les rosés et rouges de Pibarnon. Les blancs et rosés de Château Simone sont des modèles pour moi, les vins de Laurent Ponsot en particulier Clos de la Roche, Clos des Monts Luisants et Clos Saint Denis l’excellence du vin nature.


- Quels sont tes derniers coups de cœur de dégustation ?

Dernièrement j’ai découvert les Champagne de Raymond Boulard et Faley Prévostas. Ce sont des grands vins blancs avec beaucoup de tension. En rouge un Bonnes Mares 2006 de Frédéric Mugnier, Vosne Romanée La Colombière 2006 du Conte Liger Belair et 1er cru Les Chaumes de Méo Camuzet 2006 j’adore : c’est grand de chez grand, ça fait vibrer !


- Tes projets ?

Depuis plusieurs années un gros travail a été fait à la vigne mais j’aimerais utiliser un peu plus souvent le cheval. Puis apporter à mes vins rouges l’élevage qu’ils méritent. Mais je dois passer par la construction d’une cave digne de ce nom et aussi par des années de tâtonnement pour trouver des bois et la bonne contenance qui respectent et révèlent le terroir et l’identité de Trapadis. J’ai du pain sur la planche !




- Pour terminer, parles nous d’un accord met et vins qui fonctionne ?

Personnellement pour parler d’accord mets et vins c’est plus difficile car je ne recherche pas forcement le mariage fusionnel. Ceci dit, je l’apprécie quand ça arrive. En général je reste sur des accords classiques mais je goûte séparément le contenu de mon assiette et de mon verre, on ne se refait pas…

Maintenant voici quelques idées : brouillade de truffes avec un Trapadis blanc de 3 ou 4 ans, le rosé avec des fraises sans sucre et juste mûres, un VDN jeune avec du gibier plutôt à poil, les Ponchonnières avec une mousse au chocolat truffée. Sinon le meilleur accord avec cette Vendange Tardive c’est en fin de repas quand on est bourré, ça dessoule !

 

Un  grand merci à Hélen. Il à pris du temps (et du plaisir) à se prêter à ce délicat jeu. Il a poussé la précision et la sensibilité au plus loin pour répondre au plus juste.

Hélen à d’ailleurs une activité complémentaire depuis peu, il est devenu mon conseiller spécial en vin… c'est dire à quel point son jugement m’interpelle.

Plus qu’une chose à faire, goûter ses vins et vous verrez Rasteau d’un œil différent, je vous l’assure. Voir ICI la gamme complète d’Hélen et ICI pour en acquérir.

 


Installé depuis 2003 sur le terroir de Calce Jean-Philippe Padié représente le renouveau et l’avenir du Roussillon.  Amateurs de vins qui en mettent plein la vue et sur-concentré, merci de passer votre chemin. Amateurs de vins fins, délicats, et minéraux les vins du domaine Padié vous raviront. Ils sont tranchants, précis et d’expression raffinée, à l’image des mots de Jean-Philippe à travers cette interview.

Jean-Philippe Padié a choisi d’accompagner certaines de ses paroles en chansons. Elles sont toutes disponibles sur  le lecteur Deezer de ce blog, n’hésitez pas.



- Qui es-tu?

Un apatride qui a voulu retrouver ses racines paysannes.

Je suis né à Châteaudun en Beauce, j’ai vécu toute mon enfance en Bourgogne, mais toute ma famille (parents…) est du Tarn-et-Garonne, de Nègrepelisse exactement.

« Qu’il est loin mon pays, qu’il est loin… »
(Nougaro)


- Qu’est ce qui t’a amené au vin?

Mon grand-père paternel, Pépé René, faisait « chabrot » dans sa soupe tous les midis. Quand je fus en âge de goûter (vers 6 mois… non je déconne, c’était plutôt 10 ans), ce fut ma première expérience de vin. C’était ce vin paysan de tous les jours, sans prétention. Le vin aliment. Et puis, un peu plus tard, en cherchant un vin qui pouvait accompagner les foies gras familiaux, mes parents se sont retrouvés chez Robert Plageoles à Gaillac. Là ce fut la vraie révélation ! J’ai plus bu ses paroles que ses vins. C’était la première fois que je découvrais une personne aussi passionnée par son métier, avec de la fierté pour sa terre, ses cépages. Un guerrier. Inoubliable. Ensuite, de retour dans ma Bourgogne adoptive, où le vin me paraissait snob et élitiste (n’étant pas de ce milieu, on se sent toujours un peu exclu, surtout gamin), j’ai changé ma façon de voir les choses. Et puis, les études aidant, s’orientant de plus en plus pour la connaissance du vivant (l’agronomie), j’ai choisi la vigne et le vin (ou l’inverse). Se nourrissant à chaque fois de rencontres, avec des compagnons d’internat, des professeurs… Notamment Michel Flanzy et Jean-Michel Boursiquot à l’Agro Montpellier, qui transmettent autant d’humanité que de compétences techniques.

« L’enfance… »
(Brel)


- Parles-nous de tes débuts.

Premier job : chef de culture au Mas Amiel. Une urgence de trouver un CDI pour éviter l’armée (désolé mais ce n’était pas mon trip l’uniforme). 150 ha à gérer, avec une dizaine de salariés. C’est depuis cette époque que mon système capillaire s’est raréfié. Mais j’ai découvert des gens, des cépages, des terroirs… Je ne pouvais plus quitter le Roussillon. Surtout après avoir rencontré Gérard Gauby. J’aimais déjà ses vins, et puis ce fut le bonhomme. Une énergie positive et contagieuse se dégage de lui. Un fou de terre, de vigne et de vin. Encore un guerrier. Toujours en éveil. Il fallait que je travaille pour lui. Certains marins vous parlent de l’appel du large, pour moi c’était plutôt l’appel de la terre, version paysannerie. Ne plus être un petit cadre derrière un bureau, mais avoir les mains, les pieds dans la terre pour se sentir vivant. J’ai beaucoup appris avec Gérard, Ghislaine et Lionel pendant deux ans. Et puis un jour j’ai voulu écrire ma petite histoire, faire ma propre musique, mon propre vin. C’était en 2003. Je n’aurais pas fait le pas sans ma compagne Agnès, qui m’a donné confiance en moi. Le faire pour ne pas avoir de regrets. Et puis, des amis qui ont toujours été à mes côtés (Pat, Bru, Ingrid… la liste est trop longue pour citer tout le monde). Mais c’est avec Guillaume (Jouquet pour être précis) que je me suis associé pour mettre en commun nos compétences et nos sensibilités. « A deux, c’est mieux ». Nous étions tous les deux au lycée à Beaune. Le fil de la vie nous a réuni à Calce, non sans détours. Guillaume lui est un vrai nomade, toujours en mouvement. Un pied à Calce, l’autre en Afrique pour MSF, mais la tête partout. C’est la passion du vin, de la vigne, des gens qui nous a réunis. Nous sommes sur la même longueur d’onde pour faire le vin que nous aimons, et satisfaire ceux qui l’apprécie aussi.

« Quand j’étais petit, j’étais un Jedi… »
(Dionysos)


- Pourquoi Calce? Le terroir?

C’était une évidence. J’ai toujours entendu dire par Gérard que « Calce est le plus grand terroir du monde ». Même si c’est dit avec le sourire pour provoquer un peu les gens, je pense que c’est un terroir unique, et qu’il n’est pas loin de la réalité ! Et puis la seule vérité est dans le verre. Le jour où j’ai goûté « Coume Gineste 96 » ou « Muntada 99 », je ne pouvais pas choisir un autre endroit. Et puis il y a le paysage. Le ciel, la tramontane qui souffle tout le temps, la mer, le Canigou… Où que l’on soit sur le territoire, il y a de l’horizon. Il n’y a pas de limites. C’est un bonheur quotidien pour le regard et l’âme. L’énergie qui se dégage de ce lieu est magnétique. Une fois qu’on y goûte, on ne peut faire machine arrière.

« Au Mont Sans-Souci… »
(Jean-Louis Murat)


- Comment travailles-tu?

Le plus naturellement possible. Une évidence encore une fois. Pas de chimie à la vigne. De l’herbe qui pousse, des insectes et des oiseaux qui reviennent, sans parler de ce qu’on ne mesure pas à l’œil nu dans le sol. Une terre qui reprend une odeur, une texture. Des souches qui se régulent par elles-mêmes en fonction du millésime. La vie qui revient. Alors en cave, c’est pareil, faire confiance au raisin. Le respecter pour avoir la vraie expression de son origine : Calce.

«Il faut que tu respires… »
(Mickey 3D)


- Ta gamme est composée de 5 vins, peux tu nous les décrire?

Chaque vin a une histoire et une identité bien marquée. Ce sont avant tout les vignes qui s’expriment, via mon petit œil. Ils naissent à la vigne, en fonction de ce que j’observe et ressent avant la récolte. Les raisins sont assemblés dès le départ, dans les cuves ou le pressoir, en sachant que ça fera tel ou tel vin. Après la messe est dite. L’élevage (donc la patience) fait son boulot ensuite. Là aussi c’est juste de l’attention et de l’écoute. On devrait peut-être parler « d’éducation » finalement. Alors pour faire simple en quelques mots :

Calice : « le bojo maison »

Petit Taureau : « mais moi c’est pas pareil » (Nougaro)

Ciel Liquide : « amer et vainqueur » (Baudelaire)

Fleur de Cailloux : « le riesling maison »

Milouise : « le vin-racines »




- Au jour d’aujourd’hui es tu satisfait du résultat ?

Pas encore, et à mon avis jamais. Faire du vin est une quête.

« Rêver un impossible rêve… »
(Brel)


- Dans les choses que tu as faites quelles sont celles que tu ne referais pas ?

J’ai fait beaucoup d’erreurs. Il faut juste en avoir conscience et s’en servir pour progresser. Chaque année est différente. Il faut « se remettre à poil » tous les ans. L’expérience fait son boulot inconsciemment aussi.

«Tu verras, tu verras…»
(Nougaro)


- Peux-tu nous parler de ta perception du Roussillon viticole?

Comme dans la chanson de FFF : « le pire et le meilleur ». Mais c’est une région en mouvement. C’est ça qui est génial. Il y a une diversité de terroirs que peu de région française possède (peut-être la Corse). C’est un pays à la fois rude (pour son climat extrême) et envoutant. Tout est possible ici. Il y a un patrimoine viticole exceptionnel : des vieilles vignes, des cépages préservés… Il faut juste prouver que nos vins peuvent rentrer dans la cour des grands. On a tout ce qu’il faut. L’histoire ne joue pas en notre faveur. Il faut la réécrire doucement mais sûrement.

« Avec le temps… »
(Léo Ferré)


- Et du Languedoc ?

Pareil, à quelques nuances près. Le Languedoc s’est bougé le c… avant le Roussillon. C’est certainement pour ça que les gens font l’amalgame entre ces deux régions. Mais il faut prouver que le Roussillon est différent.

« Je suis un petit taureau, mais moi c’est pas pareil… »
(Nougaro ).


- Il y a une vague de jeunes talents dans ta région dont tu fais parti….

La profession connait un renouveau. C’est une question de génération, de changement d’époque, de mentalités… Nous sommes nombreux à vouloir retrouver la terre, chose qu’ont peut-être fuit nos parents. On vient avec l’envie, c’est tout.

« La mauvaise réputation… »
(Brassens)


- As-tu l’impression que les mentalités changent vis-à-vis du LR ?

A 200 %. Mais non sans mal, car c’est un peu traumatisant pour le consommateur non averti, qui a l’image antérieure d’une région de vin de masse, et qui voit des vins pouvant être aussi chers que des Bourgognes ou des Bordeaux. Il faut une ouverture d’esprit suffisamment large pour comprendre tout ça. Etre curieux, réceptif, et ne pas avoir trop d’à priori. Ce n’est pas forcément naturel chez nous les Français !

« 700 millions de chinois, et moi, et moi, et moi… »
(Dutronc)


- Comment vois-tu l’avenir du Languedoc-Roussillon vitivinicole?

Je ne suis pas Madame Soleil, mais je crois que nous sommes sur un chemin intéressant : un GR, avec pas mal de dénivelé et des virages dans tous les sens, mais avec des paysages magnifiques et surprenants en perspective.


- Que penses-tu de la nouvelle réforme des AOC ?

Ne pas avoir peur de l’avenir, surtout quand on est fiers de nos terroirs.


- Quels sont les producteurs que tu apprécies dans cette région?

Côté cœur : Gauby (mon « père »), Olivier Pithon (mon « pote »).

Pour leur précision : Tom Lubbe (domaine Matassa), Cyril Fahl (Clos du Rouge Gorge), Olivier Jullien.


- Quelles sont les vins que tu bois ?

Je déguste tout ce qui se présente, mais je bois uniquement ceux qui me donnent des émotions.

« Marie-Christine… »
(Nougaro)


- Pour Toi, un “bon vin” c’est quoi?

Celui qui t’élève un peu plus l’âme, te fait vibrer (au sens énergétique et émotionnel), et surtout celui que tu termines en disant : « déjà ? ». Une aventure intérieure qui repousse tes sensations et te fait découvrir un peu plus ce que tu es.

« Les copains d’abord… »
(Brassens)


- Quels sont tes derniers coups de cœur de dégustation ?

Fanfan Ganevat dans le Jura, Cyril Alonso en Mâconnais, Gideon Beinstock du Clos Saron en Californie, Helen Durand (avec ses Adrès 2004 évidemment !), Overnoy 99 en blanc, Rachais 2002 de Francis Boulard, l’Infidèle 2001 (père d’Olivier Jullien), Bernaudeau en Anjou, Joséphine de Gille Azam (Limoux), Cuvée des Célestins 2001 (Henri Bonneau), Morgon 2006 (Marcel Lapierre), Coume Gineste 2001 (Gauby), La Valinière (Barral)… Y en a tellement eu pendant ce dernier mois que j’en oublie.




- Quel(s) autre(s) région(s) viticole apprécies-tu?

Toutes, quand les vignerons sont sincères.


- Tes projets ?

Continuer de marcher sur ce chemin un bon bout de temps et cultiver notre jardin hédoniste.

« M’effacer… »
(Abd Al Malik)


- Pour terminer, parles nous d’un accord met et vins qui fonctionne ?

Là, c’est plus mon boulot. C’est aussi ça la magie du vin. C’est qu’il fait parler l’imagination de chacun en terme de goût. A vos fourneaux maintenant.


Un grand merci à Jean-Philippe de s’être prêté au jeu, j’en suis extrêmement touché.

Exercice délicat et périlleux, il s’y est prêté avec attention, et s’est mis à nue sans retenu.

Je suis heureux d’avoir découvert un garçon attachant et un jeune vigneron talentueux (merci Laurent).

Pour terminer, les vins de Jean Philippe sont disponibles ICI. Pour les avoir tous goûté, allez-y, il n’y a rien à jeter, enfin….si, dans votre gosier. Lire ICI un compte rendu de dégustation des vins du Domaine Padié.



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